Présentation du Cours de la commodité

Présentation du cours et date de prononcé

Le 1er décembre 1722, Antoine Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
, professeur à l’Académie royale d’architecture depuis le 26 juin 1719, annonce qu’il dispensera un cours sur « la distribution et les proportions des églises et autres édifices ». Ce cours est poursuivi ou répété jusqu’en 1727[1]. Il est conservé en deux exemplaires copiés d’après un cours pris en note par Jean Pinard
Pinard, Jean (architecte)
[2], élève de l’Académie qui remporte le Grand Prix en 1723[3] et fait donc état de la première partie du cours portant sur la distribution des lieux de culte, auxquels Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
ajoute les modèles d’un hôtel-Dieu et d’un hôtel de ville (cours inachevé) dans une deuxième section.
Les manuscrits n’ont fait l’objet que de rares études. Jeanne Duportal
Duportal, Jeanne
avait certes découvert le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale, accolé à celui sur les ordres et fait une rapide description[4]. Pourtant ce texte reste méconnu jusqu’à la publication, beaucoup plus récemment, d’un article portant exclusivement sur ce texte par Theodor H. Lunsingh Scheurleer[5]. Cet historien de l’art découvrit en 1964 un nouveau manuscrit de Desgodets[6] et en profita pour publier un article très complet sur ce manuscrit qu’il compara avec la version parisienne. Françoise Hamon, quant à elle, replaça quelques années plus tard[7] le texte de Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
au sein d’une étude plus générale sur la théorie architecturale dans le domaine religieux et en souligna notamment le caractère précurseur. Mais le contenu du texte ne pouvait être longuement étudié, compte tenu du sujet et de la taille de la publication. Pour trouver une nouvelle étude ponctuelle sur le cours, il faut attendre un article sur les églises paroissiales d’Hélène Rousteau-Chambon[8], dans lequel l’auteur confronte d’une part les propos tenus par Desgodets sur les églises paroissiales dans le Traité de la commodité et dans le Traité sur le toisé, et d’autre part cette théorie à la pratique architecturale contemporaine. Ce texte se situe donc dans la veine de ce qu’avait exploité Françoise Hamon
Hamon, Françoise
mais porte exclusivement sur les propos tenus par Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
. Dans sa thèse d’habilitation à diriger des recherches[9] enfin, ce même auteur a étudié plus avant les caractéristiques de ce cours en les replaçant dans un cadre général, l’enseignement dispensé à l’Académie royale d’architecture de 1686 à 1762.

Le traité de la commodité par rapport à l’état de l’art

Ce cours sur la commodité, bien qu’incomplet, est très novateur, tant dans le contenu que dans la forme. Ainsi, si quelques principes relatifs à la distribution avaient été énoncés déjà par Savot
Savot, Louis (1570-1640)
[10], et si Cordemoy
Cordemoy, Jean-Louis de
avait évoqué l’architecture religieuse[11], dans une diatribe contre l’architecture de son temps, annonçant directement Laugier
Laugier, Marc-Antoine (1713-1769)
[12], Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
est, quant à lui, le premier théoricien à évoquer l’architecture religieuse aussi longuement et précisément. Il montre de rares connaissances des principes du concile de Trente (notamment concernant l’importance de l’Eucharistie) et est l’un des premiers à se référer, indirectement, au traité de Charles Borromée
Charles Borromée (saint ; 1538-1584)
[13] qui est pourtant encore peu diffusé en France. Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
est encore le premier architecte à s’intéresser à l’histoire religieuse, qu’il essaie de lier à l’histoire biblique ; il établit aussi un véritable « état de la question » concernant quelques églises paléochrétiennes romaines (Ste-Sabine, Sta Maria Maggiore notamment). Enfin, même si Desgodets est moins prolixe sur les édifices publics, il est aussi le premier théoricien à montrer des modèles d’hôtels-Dieu et d’hôtels de ville. A ce titre donc, Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
innove une fois encore.
Dans la forme, à l’aune de ce qu’avait pu faire Le Muet
Le Muet, Pierre (1591-1669)
[14], Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
choisit de présenter des modèles théoriques qui ne renvoient à aucun exemple précis. Le professeur compile néanmoins des éléments d’architecture contemporaine, sans les citer explicitement, mais que les élèves de l’Académie peuvent facilement étudier par eux-mêmes. Dans son modèle de cathédrale par exemple, la façade principale rappelle celle sur cour de la chapelle de la Sorbonne
Église de la Sorbonne
de Lemercier
Lemercier, Jacques (1585?-1654)
(1635-42) et celle de l’église de l’Assomption construite sur les dessins de Charles Errard
Errard, Charles (1603?-1689)
(1670-1676) ; le portique est quant à lui une citation, commune de celui du Panthéon. Il faut attendre Jacques-François Blondel
Blondel, Jacques-François (1705-1774)
pour retrouver un théoricien pouvant parler de modèles religieux, mais beaucoup moins précisément. Ce cours montre aussi combien Desgodets se montre systématique dans sa démarche. Pour chaque édifice présenté aux élèves de l’Académie, après une introduction générale rappelant la fonction de l’édifice[15], le professeur livre les plans à différents niveaux (caves, rez-de-chaussée, voûtes), en partant du plus général pour préciser la distribution des espaces primordiaux dans cet édifice. C’est après avoir évoqué les principes distributifs que Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
aborde les proportions, la beauté étant soumise à la commodité. Il commente ensuite les coupes transversales et longitudinales de l’ensemble de l’édifice, liant toujours dans ses propos intérieur et extérieur du bâtiment. Il présente enfin quelques éléments particuliers au cœur de ses préoccupations, notamment l’autel majeur[16]. Ces principes sont particulièrement développés pour la cathédrale mais se retrouvent systématiquement dans tous les modèles, rendant la description parfois redondante d’ailleurs. Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
ne se contente pas de fournir des images, il expose aussi, par le biais de la géométrie, la manière dont doivent être construites les parties de l’édifice les plus difficiles à mettre en œuvre, liant ainsi dessin, art du trait et géométrie[17]. Cette description est complétée par un renvoi à son Traité des ordres[18].
Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
ne fait pas visiter d’édifices mais il met en œuvre une méthode pédagogique très innovante, expliquant pas à pas comment construire, par le biais de ces modèles. Il s’agit donc du premier manuel d’architecture au sens moderne du terme, précédant le cours d’architecture de Jacques-François Blondel
Blondel, Jacques-François (1705-1774)
[19] de trente ans et pour sa démarche typologique, le cours de Durand
Durand, Jean-Nicolas-Louis (1760-1834)
[20].
Cette édition du Traité de la commodité met non seulement en lumière un texte fondamental pour la théorie architecturale et pour la connaissance de la formation des architectes mais il devient aussi incontournable tant pour l’appréhension de l’architecture religieuse que pour les édifices publics dont il parle. Ce texte va donc devenir une source primordiale pour tous ceux qui s’intéressent à l’architecture religieuse et publique des Temps modernes, voire du XIXe siècle, Desgodets pouvant se montrer précurseur à bien des égards. Les quelques annotations données permettent de lancer quelques pistes d’interprétation et de relancer le débat sur bien des questions architecturales. Reste à imaginer au regard de sa pratique de bâtisseur – si faible fut-elle – ce qu’il aurait écrit sur l’architecture privée à propos de commodité[21].

Tableau de tradition

TÉLÉCHARGEMENT

Témoin C2 - édition critique

Témoin C2 - édition critique
XML
Incipit : « .... »
Desgodets, Antoine (1653-1728), collationné par Jean Pinard
Pinard, Jean (architecte)
Traité de la Commodité de l’architecture concernant la distribution et les proportions des édifices divisé en trois sections, la première contient les églises
église
et autres lieux pieux, la seconde section contient les basiliques, les hôtels de ville et de commerce, et la troisième section contient les palais, les hôtels et les maisons particulières servant au logement, expliqué en l’Académie Royale d’architecture par Monsieur Desgodets architecte des Bastimens du Roy et professeur de laditte Académie, Recueillie par Jean Pinard, élève et étudiant de laditte académie Royalle d’architecture

Codex, papier à la cuve avec filigranes, raisins similaire à [référence], 1570-1758, 286 pages, 410 x 250
Paris (France), Bibliothèque nationale de France, Département des estampes, Ha-23b-Pet.fol..

Témoin C1

Témoin C1
XML
Incipit : « La règle générale pour bien réusir dans les projets des édiffices que l’on se propose de faire : est qu’il faut être bien inform... »
Desgodets, Antoine (1653-1728), collationné par Jean Pinard
Pinard, Jean (architecte)
Traité de la Commodité de l’architecture concernant la distribution et les proportions des édifices divisé en trois sections, la première contient les églises et autres lieux pieux, la seconde section contient les basiliques, les hôtels de ville et de commerce, et la troisième section contient les palais, les hôtels et les maisons particulières servant au logement, expliqué en l’Académie Royale d’architecture par Monsieur Desgodets architecte des Bastimens du Roy et professeur de laditte Académie, Recueillie par Jean Pinard, élève et étudiant de laditte académie Royalle d’architecture
Codex, papier à la cuve, 285 pages, 999 x 999
Amsterdam (Pays-Bas), Rijksmuseum, Frans van Mierisstraat, 310 J.

Notes

Le 1er décembre 1722,
« M. Desgodets a présenté à la compagnie comme de coutume les affiches des leçons : Ensuite, il donnera un traité sur la distribution et les proportions des églises et autres édifices »
p. 254 ; 15 novembre 1723 :
« M. Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
, professeur a distribué les affiches qui marquent qu’il s’est proposé de donner pour leçons aux estudians un traité de la commodité de l’architecture concernant la distribution et la perspective des édifices. Il achèvera de donner la dissertation sur le dessein et il donnera la seconde partie du nouveau commentaire sur les articles de la Coustume de Paris qui ont du raport à l’architecture »
id., p. 274 ; 13 novembre 1724,
« M. Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
a présenté à la Compagnie l’affiche des leçons qu’il se propose de donner sur les ordres d’architecture, sur la commodité, la distribution et la proportion des édifices, sur les articles de la Coustume qui ont raport à l’architecture et sur le toisé des bastimens »
ibid., p. 293 ; 12 novembre 1725 :
« M. Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
a présenté ses affiches pour les leçons publiques. Il continuera de donner […] le Traitté de la commodité de l’architecture concernant la distribution et les proportions des édifices… »
ibid., p. 312 ; 18 novembre 1726 :
« M. Desgodets a présenté l’affiche pour les leçons publiques. Il continuera le Traité de la commodité, distribution et proportion des édifices tant publics que particuliers […] »
ibid., p. 332 ; 17 novembre 1727 :
« M. Desgodets a présenté à l’Académie les affiches pour les leçons publiques où il se propose de continuer le Traité de la commodité, distribution et proportion des édifices publics et particuliers […] Ensuite M. Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
a lu le seconde chapitre de la seconde session du Traité de la commodité contenant la description d’un hostel de ville dont il a fait voir les plans et élévations. »
op. cit., Paris 1917, t. V, p.16.
C1/- BnF, Cabinet des Estampes, ha23a : « Traité de la commodité de l’Architecture, concernant la distribution et les proportions des édifices, divisé en trois sections, recueilli par Jean Pinard, élève et étudiant de ladite Académie Royale d’Architecture », 204 p. 42 planches. [Microfilm R 710124-710264] ; C2/- Rijksmuseum, Amsterdam : « Traité de la Commodité de l’architecture… expliqué en l’Académie Royale d’architecture par Monsieur Desgodets
Desgodets, Antoine (1653-1728)
…, Recueillie par Jean Pinard… », 192 p. + 42 + 3 dessins attribué à Jean Pinard.
Pour le plan du rez-de-chaussée d’un hôtel, cf. Jean-Marie Pérouse de Monclos. Les Prix de Rome : concours de l’Académie royale d’architecture au XVIIIe siècle. [Paris] : Berger-Levrault, 1984. 260 p.
Jeanne Duportal. « Le cours d’architecture de Desgodets. Recueil inédit du Cabinet des Estampes ». La revue de l’art ancien et moderne. Vol. :XXXVI,  1914, p. 153-157. Henry Lemonnier
Lemonnier, Henry (1842-1936)
avait mentionné cette étude non encore parue en 1915, quand lui-même avait publié le 4e volume des procès-verbaux de l’Académie royale d’architecture. Il citait alors l’intérêt particulier de ce manuscrit pour l’étude des églises ; il en donnait aussi un rapide descriptif en appendice à la publication (Procès-verbaux de l’académie royale d’architecture, publiés sous la direction de Henry Lemonnier, Paris, Jean Schelit, 1915, t. IV, p. 351-352).
Theodor H. Lunsingh Scheurleer (1911-2002) avait été directeur du département de sculpture et des arts décoratifs du Rijksmuseum (1943-1963) avant de devenir professeur à l’université de Leyde.
Lunsingh Scheurleer découvrit ce manuscrit avant de le léguer au Rijksprentenkabinet.
Françoise Hamon. « Les églises parisiennes au XVIIIe siècle  ». Revue de l’art. Vol. :32,  1976, p. 6-14.
Hélène Rousteau-Chambon. « Antoine Desgodets et les églises paroissiales ». La Revue de l’art.  février 2008, p. 61-68.
Hélène Rousteau-Chambon, L’enseignement à l’Académie royale d’architecture, de Philippe de La Hire à Louis-Adam Loriot (1687-1762), présentée à l’École d’architecture de Paris-Malaquais le 28 novembre 2011, ENSA Paris-Malaquais, Pres Paris Est.
Louis Savot. L’Architecture françoise des bastimens particuliers, composée par Me Louis Savot. Paris : S. Cramoisy, 1624. In-8° , pièces limin., 328 p.
Jean Louis Cordemoy (de). Nouveau traité de toute l’architecture. Paris : J.-B. Coignard, 1706. XIV-230 p. -7 pl. ; in-12
Marc-Antoine Laugier. Essai sur l’architecture. À Paris : De l’imprimerie de la veuve Delatour, rue de la Harpe, M. DCC. LIII. XIV-[2]-293-[17] p. ; in-8
Charles Borromée, Instructionum fabricae et supellectilis ecclesiasticae, Libri II, v. 1572.
Pierre Le Muet, Manière de bâtir pour toutes sortes de personnes, 1623, rééd. et augmenté en 1647, 1669, 1681.
Pour « bien réussir dans les projets des édifices que l’on se propose de faire […] il faut être bien informé de tous les usages à quoi ils sont destinés afin d’en distribuer toutes les parties, conformément à ces usages…», BnF estampes, ms Ha 23b, f° 7.
Anne Le Pas de Sécheval, « Charles Le Brun architecte. Ses projets pour des maîtres-autels d’églises parisiennes, entre ambitions artistiques et stratégies de carrières », Zeitschrift für Kunstgeschichte, 4, 2012, p. 473-486.
BnF est. Ha23b, f°148, à propos des églises paroissiales, pour tracer le plan d’un chœur, il faut commencer par placer « des points 2.3 du milieu des faces des pilastres, mener par le point Z les lignes 2. Z. 11. 3, et des pilastres 2.3 […], tracer les pourtours de cercle 2.10.3.11 touchant la face des pilastres. Ensuite du centre Z […] décrire l’arc de cercle 10.1.11. Ces trois portions de cercle jointes avec les deux demies faces droites des deux pilastres de l’entrée […] formeront le pourtour intérieur du plan de l’abside… »
Ibidem. le plan « semi-oval » est expliqué « au quatrième dessein du 4e chapitre de la seconde partie du Traité des ordres d’architecture », cours dispensé parallèlement.
Jacques-François Blondel, Cours d’architecture civile ou Traité de la décoration, distribution et construction des bâtiments contenant les leçons données en 1750 et les années suivantes, Paris, Desaint, 1771-1777, 6 vol.
Jean Nicolas Durand, Précis des leçons d’architecture données à l’École Polytechnique, Paris, l’auteur, 1825.
Notamment grâce aux plans de bâtisses qui lui ont été attribués. Voir Hélène Rousteau-Chambon, « Sur les traces du cours complet du Traité de la commodité de Desgodets », dans Journée d’études organisée par le projet « Desgodets » sélectionné par l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre du programme « Corpus et outils de la recherche en sciences humaines et sociales » et l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), 31 mars 2010 (à paraître).

Bibliographie

Imprimés à usage de sources

Jean Louis Cordemoy (de). Nouveau traité de toute l’architecture. Paris : J.-B. Coignard, 1706. XIV-230 p. -7 pl. ; in-12
Marc-Antoine Laugier. Essai sur l’architecture. À Paris : De l’imprimerie de la veuve Delatour, rue de la Harpe, M. DCC. LIII. XIV-[2]-293-[17] p. ; in-8
Henry Lemonnier, (éd.). Procès-verbaux de l’Académie royale d’architecture 1671-1793. Paris : Jean Schemit, 1911-1929.
Louis Savot. L’Architecture françoise des bastimens particuliers, composée par Me Louis Savot. Paris : S. Cramoisy, 1624. In-8° , pièces limin., 328 p.

Bibliographie

Françoise Hamon. « Les églises parisiennes au XVIIIe siècle  ». Revue de l’art. Vol. :32,  1976, p. 6-14.
Jean-Marie Pérouse de Monclos. Les Prix de Rome : concours de l’Académie royale d’architecture au XVIIIe siècle. [Paris] : Berger-Levrault, 1984. 260 p.
Hélène Rousteau-Chambon. « Antoine Desgodets et les églises paroissiales ». La Revue de l’art.  février 2008, p. 61-68.
Anthony Vidler. L’espace des lumières : architecture et philosophie, de Ledoux à Fourier. Paris : Picard, 1995. 327 p.
Top